Vietnam — Chroniques d’une mission humanitaire
26 octobre → 12 novembre 2025
Reportage – texte & terrain : Laurent
Il y a des pays que l’on croit connaître parce qu’on les a déjà traversés.
Puis on y retourne, et on comprend que rien n’est jamais figé : ni les rues, ni les sourires, ni la pauvreté, ni l’espoir.
Le Vietnam fait partie de ces pays vivants, mouvants, insaisissables.
La dernière mission AVEF remontait à août 2023.
Plus de deux ans plus tard, alors que tant de choses ont changé — ou persistent à ne pas changer — il fallait revenir.
Reprendre le pouls.
Retrouver les familles.
Regarder ce que le temps a construit… et ce qu’il a abîmé.
Cette fois, je pars avec Simone, compagne de route, artisane chocolat et marraine au cœur vaste.
À deux, la mission devient plus dense, plus lucide, plus humaine.
🧭 Une mission courte, serrée, en pleine période scolaire
Le terrain impose son rythme : le Vietnam est en pleine période scolaire.
Cela complexifie tout.
Les enfants ne sont disponibles qu’entre deux sonneries, deux repas, deux devoirs.
Les rencontres doivent se glisser dans les fissures du quotidien : le soir, à midi, le week-end.
Le temps manque, les besoins non.
I. Tour des familles : la vérité des maisons ouvertes
17 familles, près de 35 enfants.
Derrière ces chiffres, des histoires de résilience fragile.
Nous avançons avec Tao — religieuse franciscaine, traductrice, repère moral — et avec Linh, membre AVEF, qui traduit par visio quand elle il peut.
Deux chauffeurs bénévoles, Trung et Louan, nous guident dans un labyrinthe de pistes rouges et de ruelles inondées de scooters.
Chaque visite est méthodique :
une ardoise pour noter les informations administratives,
un échange structuré,
un temps d’écoute.
Chaque famille reçoit un colis (riz, huile, nước mắm), une bourse d’étude, parfois des vêtements offerts par des parrains et marraines.
Mais c’est l’accueil qui marque :
des fruits soigneusement découpés, des boissons fraîches, une politesse qui dit tout de la dignité malgré le manque.
On repart avec une sensation paradoxale :
ce que nous apportons est crucial… et pourtant insuffisant.
II. Mission RMG : un lien indispensable
24 famille rencontrées, des lettres remises, des cadeaux offerts, des réponses apportées.
Un travail parallèle et rigoureux, déjà transmis en détail à l’association RMG.
III. Đà Lạt : la parenthèse qui change une enfance
Đà Lạt, la ville du “printemps éternel”, se mérite : huit heures de route, un départ à 3h du matin, et un chauffeur — Thanh — qui transforme la distance en sécurité.
La villa Thiên Ân, choisie pour son caractère familial, nous accueille avec ses chambres simples et son grand espace commun où tout le monde finit par se retrouver.
Le samedi soir, le propriétaire s’installe à la batterie, les voisins arrivent avec leurs guitares, et la maison se transforme en scène de karaoké improvisé. Simone chantera du Piaf pour le grand plaisir de nos oreilles.
Pour les six enfants — orphelins ou en situation fragile — le séjour n’est pas un luxe :
c’est un tournant.
Le programme est dense :
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marché de nuit vibrant,
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temple Linh Phước, baroque et spirituel,
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cascades de Datanla, rugissantes,
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train touristique de nuit, guidé par un violoniste jouant… des airs français,
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Clay Tunnel, œuvre monumentale sculptée dans la terre.
Ce voyage ouvre un horizon.
Il donne une place dans un pays qu’ils ne connaissent parfois qu’à travers la pauvreté de leur village.
Il renforce les liens, la confiance, l’estime d’eux-mêmes.
Les écoles ont accepté de laisser partir les enfants pendant deux jours — un geste rare et précieux.
IV. Export solidaire : un conteneur de possibilités
Renforcer les ressources d’AVEF passe aussi par l’économie locale.
Le poivre, le café, les noix de cajou : des produits d’excellence.
Mais les coûts de transport et les taxes avaient rendu l’export impossible… jusqu’ici.
Nous menons une enquête terrain :
comparaison des offres, recherche de transporteurs privés, négociation.
Le Vietnam a vu exploser le marché des partages de conteneurs : une révolution logistique.
Résultat : environ 220 000 VND/kg pour des colis de moins de 24 kg.
Enfin un coût viable.
Avec l’aide de Thao, ancienne filleule RMG devenue adulte engagée, nous expédions 75 kilos de produits depuis Saïgon.
Prochaine étape : réception en France.
Si tout fonctionne, un nouveau modèle économique s’ouvre pour AVEF.
V. Ateliers : jouer pour grandir, créer pour comprendre
🎪 Jonglage
Confection de balles avec farine et ballons, apprentissage du geste, coordination, progression.
Les enfants rient, recommencent, échouent, réussissent.
🍫 Chocolat
Un atelier ambitieux malgré le climat.
Tempérer du chocolat à Xuyên Mộc relève du combat : frigo, clim et congélateur deviennent nos alliés.
Les enfants découvrent la patience… et la magie.
🫧 Bulles géantes
Des baguettes en bambou, six litres d’un mélange savant, et des bulles qui montent au ciel.
La joie dans sa forme la plus simple.
📝 Vietnam 2025 : ce que le terrain révèle
1. L’exode féminin vers la Corée
150 $ pour partir.
L’espoir de gagner 1 500 $ par mois.
Des contrats flous, des risques d’exploitation, des enfants laissés aux grands-parents.
Un phénomène massif, silencieux, qui recompose la société.
2. Une discipline routière en progrès
Les feux sont davantage respectés.
Les amendes fonctionnent.
La densité automobile oblige le pays à changer ses réflexes.
3. Une loi anti-bruit… vraiment appliquée
Ho Chi Minh Ville devient méconnaissable :
moins de klaxons, moins de cris, moins de chaos.
La ville change de bande-son.
4. Enseignants : entre loi et débrouille
Les cours particuliers à domicile sont interdits.
Les revenus chutent.
Les pratiques se cachent.
Mais une bonne nouvelle : les salaires seront revalorisés à la prochaine rentrée.
5. Le Vietnam enterre ses câbles électriques
Symbole apparemment immuable… et pourtant :
sur les axes principaux, les câbles disparaissent sous terre.
6. La montée en puissance des voitures électriques
VinFast s’impose.
Toyota n’est plus seul.
Le pays électrifie son avenir.
🎒 Conclusion — Pourquoi partir ? Pourquoi revenir ?
À chaque mission, la question revient, lancinante :
Pourquoi l’humain aide-t-il ? Pourquoi s’engage-t-il au-delà du raisonnable ?
Peut-être parce que, dans les visages des enfants, dans les gestes des familles, dans les contrastes violents entre progrès et pauvreté, on retrouve un morceau de nous-mêmes.
Une mission humanitaire, ce ne sont pas des chiffres.
C’est une suite de regards, de mains tendues, de trajets de nuit, de sacs trop lourds, de sourires trop larges pour la situation.
C’est un puzzle fragile.
Un combat modeste.
Un acte d’amour, parfois maladroit, toujours sincère.
Merci à l'équipe AVEF et particulièrement à Anna grâce a qui tout a été possible.
Et c’est pour ça qu’on revient.
Toujours.

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